5) La reine Margot – Alexandre Dumas

Dumas, vu que j’en parle beaucoup cette année, se devait de figurer dans mon classement. Ayant déjà dévoré le Capitaine Fracasse de Gautier et ayant savouré Les trois mousquetaires, j’avais envie de plus de roman-feuilleton et surtout de plus de Dumas. La reine Margot, par son homonymie avec mon propre nom, me semblait donc idéale pour poursuivre ma découverte de cet auteur.

Pour le petit résumé, remercions Wikipedia :

L’action du roman se déroule entre le mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, futur Henri IV et la mort de Charles IX.Alexandre Dumas y met en scène les intrigues de cour, le massacre de la saint barthélemy, l’idylle inventée entre la reine de Navarre et le comte de la Mole ainsi que la pratique de la torture judiciaire à la Renaissance. Il fait de Catherine de Medicis une figure inquiétante, qui se sert de son astrologue et parfumeur florentin René Bianchi pour faire assassiner ses ennemis. Le roman met aussi en scène la conspiration visant à rendre la Navarre à son roi.

Ce roman pourrait être une très belle entrée dans l’univers de Dumas tant l’on y retrouve tout ce qui le rend savoureux : des personnages tourmentés, complexes, mais drôles parfois (mais beaucoup moins que dans les trois mousquetaires par exemple) dans un contexte historique colossal. L’histoire des petits et des grands de France se retrouve ici confinée presque essentiellement au Louvres dans une espèce de huis clos parfois très angoissant. Margot personnifie toute cette angoisse, personnage sublime et tragique, tiraillée entre deux mondes et deux passions. Ecartelée entre deux hommes de puissance, le versatile Charles IX et le rusé Henri IV,  Margot peut-elle devenir celle que l’on devine cachée, une véritable reine ?

4) Les lames du Cardinal – Pierre Pevel

Moi qui me plains souvent de n’apprécier en fantasy que des auteurs francophones, je réalise en réalisant mon top 5 que cette année je n’y ai mis que des auteurs francophones. J’en suis assez heureuse.

Le premier des livres qui m’a marquée cette année est le premier tome d’une trilogie. Je te joins l’accroche qu’en fait Bragelonne :

PARIS, 1633. Les dragons menacent le royaume.
Surgis de la nuit des temps, ils sont décidés à restaurer leur règne absolu. Usant de sorcellerie, ils ont pris apparence humaine et créé une puissante société secrète, la Griffe noire, qui conspire dans les plus grandes cours royales d’Europe.
Pour déjouer leurs complots, Richelieu dispose d’une compagnie d’aventuriers et de duellistes rivalisant de courage, d’élégance et d’astuce. Des hommes et une femme aux talents exceptionnels, prêts à braver tous les dangers et à risquer leur vie pour la Couronne : les Lames du Cardinal !

Tu l’as sans doute compris mon lecteur, nous nous trouvons face à un roman de capes et d’épées de fantasy. Pevel y rend d’ailleurs hommage aux trois mousquetaires, et si de cette vaillante compagnie on ne croise que Athos ; Richelieu, Rochefort et Mr de Tréville sont eux bien présents. De dumas, Pevel imite également le style, mêlant spontanéité et figures de style (ô combien d’allitérations et d’assonances) pour un mélange très enjoué.

Dans un paris de l’époque très bien documenté, se mêlent duels, intrigues, magie et dragons. Cette uchronie est d’ailleurs là principalement pour rajouter du croustillant et du plaisir à l’intrigue. Soyons honnêtes, les dragons ne sont pas absolument nécessaires à l’histoire (quoique)… mais quel plaisir d’imaginer des vyvernes et des dracs arpentant les rues de la capitale ou de petits dragonnets vous délivrant une missive.

Une lecture distrayante, mais avec style et pour tous les âges.

D’ailleurs si tu cherches encore un cadeau pour Noël, Bragelonne a récemment sortie une édition spéciale 10e anniversaire, en faux cuir (voir l’illustration que je t’ai mise) et en tirage limité. Magnifique.

3) Le grand méchant renard – Benjamin Renner

Mon top 5 se devait d’inclure une petite BD. Et bien que je n’en ai pas lu beaucoup cette année, toutes celles que j’ai découvertes m’ont bien plues. Mais si je devais n’en choisir qu’une, ce serait Le grand méchant renard.

Un petit renard ridicule veut devenir la terreur du poulailler. Le co-réalisateur d’Ernest et Célestine signe une fable coup de cœur. Face à un lapin idiot, un cochon jardinier et une poule caractérielle, un renard chétif tente de trouver sa place de grand prédateur. Devant l’absence d’efficacité de ses méthodes, il développe une nouvelle stratégie. Sa solution : voler des œufs, élever les poussins et les croquer. Mais le plan tourne au vinaigre lorsque le renard se découvre un instinct maternel !

Il est loin le Roman de Renart où le rusé goupil se jouait du pauvre loup Ysengrin. Son descendant semble être tombé du mauvais côté de la chaîne alimentaire et peut s’estimer heureux quand les cochons lui offrent un panier de navets pour maigre pitance. Le style épuré du dessin et l’aération de la planche laissent toute la place nécessaire à l’humour qui jalonne la BD. Pour quelqu’un qui se contente généralement de sourire devant une BD humoristique, dans ce cas précis j’ai ri du début à la fin.

Mais vu qu’un exemple vaut mieux qu’un long discours :

 

2) La horde du Contrevent – Alain Damasio

Un groupe d’élite, formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromètre et géomètre, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d’un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.

La horde du vent est, on le dit souvent, une expérience de lecture unique. Le livre s’y est complètement soumis à la volonté de l’auteur : les numéros de page remontent vers le numéro 1, comme nous remontons avec l’expédition à la recherche de l’origine du vent ; les signes de ponctuation servent à nous indiquer quelle place occupe chaque personnage dans la formation lorsqu’il s’agit de faire face à telle ou telle forme qu’a pris le vent.

Damasio ne nous prend pas par la main, ne nous offre pas de lexique sur ce monde étrange, d’explications sur son origine, sa culture. C’est au lecteur de faire tout le travail. Et s’il m’a fallu du temps pour m’habituer à tout cela et vraiment rentrer dans le livre, j’ai fini par rejoindre leur expédition. Moi aussi je voulais savoir ce qu’il trouverait à l’origine du vent, comme eux j’ai espéré et j’ai eu peur d’être déçue. Je m’imaginais dans cette troupe éclectique, derrière Golgoth ce meneur carrément rustre et limite sadique, à côté de Pietro le charmant prince sans attache, sans oublier les autres, les crocs, les ailiers, la sourcière, les oiseliers, sans oublier le troubadour. J’ai compris que je m’étais immiscée dans un groupe sans équivalent. La 34e Horde remonte depuis 23 ans déjà, et ce sont les meilleurs à cela, personne n’a de doute là-dessus.

Et toi lecteur, es-tu prêt à t’accrocher et à savoir ce qu’il y a au bout du vent ?

 

1) Janua Vera – Jean Philippe Jaworsky

La première place de ce classement revient sans conteste à Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski. Lorsque j’ai acheté une Kube (boite de lecture mensuelle), j’avais indiqué énormément de critères qui me plairait dans un livre : je lisais les mousquetaires, donc j’aurais voulu du cape et d’épées ; mais j’étais aussi fort inspirée par les essais sur la nature et la vie sauvage de John Muir et j’aurais aimé retrouver dans mon livre des poèmes sur la nature ; en grande amatrice de fantasy, le genre était tout indiqué, mais en tant que médiéviste, je voulais un univers médiéval réaliste. Plutôt de la dark fantasy donc. Enfin, j’aurais éventuellement voulu des nouvelles plutôt qu’un roman, afin de pouvoir reposer facilement l’ouvrage.
Mon objectif, en donnant autant de critères, et je l’avais bien précisé, était de trouver un livre qui répondait à une ou deux de mes demandes. Je ne pensais vraiment pas que le libraire responsable de ma Kube pourrait satisfaire toutes ces envies. Et pourtant, en m’envoyant Janua Vera, il a réalisé l’impossible.

Janua Vera est en effet un recueil de nouvelles (allant du très bon à l’excellent) prenant place dans le Vieux Royaume. Chacune de ces nouvelles est précédé d’un extrait de poème (de Neruda à Rutebeuf<3, il y a de tout) qui illustre l’histoire. Jaworski parvient dans cet univers à explorer tous les genres et toutes les époques dans un style irréprochable. Son vocabulaire et sa maitrise de la phrase égalent sinon surpassent, ceux d’Alexandre Dumas. Il y a dans sa plume et ses histoires du cape et d’épées, de l’épopée médiévale, de la tragédie romantique, des mythes fondateurs. Il est tantôt émouvant, mystérieux, drôlatique, ou ténébreux.

Ami lecteur, je ne vais pas te présenter toutes les nouvelles, car ce serait te gâcher beaucoup de plaisir, mais je te résumerai brièvement celles que j’ai préférées.
« Le service des dames » est sa nouvelle courtoise, dans la ligne directe de Chrétien de Troyes, dans laquelle un chevalier errant doit demander à la veuve d’un seigneur la permission d’emprunter un pont. S’en suit une histoire d’honneur et de duels.
« Jour de guigne » est digne d’un Terry Pratchett. Maître Calame est atteint du syndrome de Palimpseste. Alors qu’il tente de se faire examiner à la chancellerie, le voilà mis en quarantaine, « pour son propre bien ». Vu que la chance n’est vraiment pas de son côté, il ne tardera pas à servir d’appât dans le but d’appréhender un assassin fantôme.
« Mauvaise donne », deuxième nouvelle du roman et l’une des plus longues est aussi l’une des meilleures. À travers elle nous suivons les aventures de Benvenuto, un assassin, qui découvre le maître de sa guilde cruellement assassiné. Pour sauver sa propre peau, il tente tout et se lance à la poursuite des auteurs de ce crime.
« Le conte de Suzelle » est simple, mais touchant. Cette belle histoire retrace le quotidien de Suzelle, une simple paysanne qui fait un jour une rencontre étonnante et qui marquera le reste de sa vie et de ses rêves.

Aucun dragon n’écume ce recueil, aucune force démoniaque ne sortira de ce livre, aucun élu ne parcoure les pages de ces nouvelles, aucun complot ne se trame dans des centaines de pages. Rien de tout cela non, mais tu y trouveras en revanche un univers à la beauté cruelle, du sang, du métal, du rire, du rêve. Et tous les espoirs et les tourments de l’âme humaine.

 


Et toi mon lecteur ? Quelles ont été tes lectures coup de coeur de l’année ?

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