Après la magnifique journée d’hier, on veut vite se lever pour profiter au plus vite de notre dernier jour sur Skye. Alors très vite, on remballe les tentes et on remballe tout dans la voiture. En route pour la seule marche de la journée, la dernière sur Skye, mais pas notre dernière aventure.

Aujourd’hui, on va au Neist Point. Le Neist Point c’est le point le plus à l’ouest de l’Écosse. Là, il y a un phare qui permet de belles photos et qui une fois desservi a été reconverti en Bed and Brekfast (mais j’ai l’impression qu’il est fermé maintenant).

Ce n’est pas la marche qui m’a le plus plu. On descend depuis la falaise sur un sentier bétonné qui mène jusqu’au phare, en compagnie de beaucoup de touristes. Le phare en lui-même n’est pas très beau et la lumière n’est pas idéale pour des photos. Je me console en prenant des photos de moutons et du bord de la mer.

Ce n’était pas désagréable, mais après les belles marches qu’on a faites, se retrouver sur un sentier bétonné entouré de gens n’est pas l’idée qu’on se fait d’une superbe balade.

Ce qui n’empêche que l’on y respire cet air de liberté dans lequel baigne Skye. Et vu que je vais vous montrer quelques photos, je vais vous proposer un morceau qui illustre bien cet esprit.


C’est la Skye Boat song, qui raconte l’histoire de Bonnie Prince Charlie. Pour résumer très très rapidement, lors de la révolution jacobite de 1745, les Écossais se sont unis autour de la figure de « Bonnie prince Charlie », Charles Stuart. Les mesures prises par George II oppressent les Écossais qui voient dans la restauration des Stuart la possibilité d’obtenir une plus grande liberté. Malheureusement pour eux, et malgré que des clans que tout séparait se soient alliés, les Écossais sont vaincus lors de la sanglante bataille de Culloden. Le « Young Pretender », sa tête mise à prix, s’enfuit par bateau sur l’île de Skye où Flora Mc Donald l’aidera à se dissimuler avant qu’il ne s’exile en France.
C’est cette fuite que raconte la chanson Skye Boat song, devenue une sorte d’hymne à l’indépendance écossaise. Je vais vous en proposer deux versions, une version interprétée par les Corries, plus traditionnelle et respectant les paroles d’origine, et une version plus moderne, utilisée dans la série Outlander.
Voici la version interprétée par les Corries :

Il y manque cependant le dernier couplet qui précise que :

Burned are their homes, exile and death
Scatter the loyal men;
Yet ere the sword cool in the sheath
Charlie will come again.

[Leurs maisons sont brûlées, l’exil et la mort,
dispersent ces hommes loyaux ;
Mais jamais l’épée ne refroidit dans son fourreau
Charlie reviendra.]

J’aime ce dernier couplet, encore signe de cet esprit de détermination qui caractérise l’Écosse en toute chose. Et qui m’évoque ce que l’on peut retrouver dans la déclaration d’indépendance de 1320 :

For, as long as but a hundred of us remain alive, never will we on any conditions be brought under English rule. It is in truth not for glory, nor riches, nor honours that we are fighting, but for freedom – for that alone, which no honest man gives up but with life itself.

Petite photo d’il y a trois ans, lorsqu’on avait visité le musée d’Édimbourg sur les murs duquel cette citation est affichée.

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La deuxième version c’est donc celle d’Outlander, une série qui se passe dans le contexte de cette révolution jacobite. Enfin c’est plus compliqué que ça, mais j’en parlerai à l’occasion. Le générique de cette série est basé sur le thème de la Skye boat song. Mais si vous reconnaissez le thème, les paroles, elles, sont tout à fait différentes. C’est parce que c’est une deuxième version de cette chanson qui s’est largement répandue et dont les paroles ont été remplacées par celle d’un poème de R.L. Stevenson « Sing me a song of a lad that is gone ».
Stevenson est un écrivain que j’aime beaucoup, très en avance sur son temps. Il est impressionniste quand ses contemporains sont naturalistes. C’est un écrivain protéiforme. On le connaît surtout pour ses récits d’aventures et fantastiques (L’île au trésor, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde), mais il est bien plus que ça. Il maîtrise parfaitement les mécanismes de la narration et nous rend des histoires très visuelles. Il fait preuve, selon moi, d’une incroyable intelligence, et dépasse les réflexions de son temps, par exemple lorsqu’il décrit les populations autochtones des régions pacifiques. Il est pour l’autonomie de ces autochtones, en pleine période colonialiste. Ses poésies et récits de voyage sont remplis d’une sensibilité et d’une sincérité que je lui envie. Bref, j’aime Stevenson, et j’aime ce poème qui transcende le thème de la disparition de la jeunesse pour atteindre celui de la disparition de la liberté individuelle, mais avant tout collective. « Where’s that glory now? », on ne s’étonne pas que ce poème ait été associé à l’une des principales chansons d’indépendance écossaises.

Bref, trêve de bavardage, voici donc la deuxième version de la Skye Boat song :

J’apprécie également beaucoup cette version qui donne à la chanson un twist moderne tout en utilisant la traditionnelle cornemuse.


Je vous laisse choisir une version, ou pas, et profiter des quelques photos du Neist Point

 

On remonte donc tranquillement jusqu’à la voiture. J’apprends plus tard qu’en fait il fallait partir à droite du parking de l’autre côté des falaises et non sur le chemin pour avoir la vue depuis les falaises sur le phare, la photo-phare qu’il m’aurait fallu (vous me pardonnerez le jeu de mots involontaire), celle qui attire l’œil quand on google Neist Point. Tant pis, cela ne me fait jamais qu’une raison de plus pour revenir en Écosse. Comme si j’en avais besoin.

Est-il déjà l’heure de quitter Skye ?

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Non, car avant cela, nous allons profiter d’une autre spécialité écossaise : le whisky. Nous nous rendons à Talisker, pour un tour de la seule distillerie de Skye, avant de profiter d’un wee dram offert à la fin de la visite.

Autant vous le dire tout de suite, je ne suis de base pas fan de whisky. Pourtant, au cours de ce séjour, j’ai appris à l’apprécier. Je n’aime toujours pas le whisky (à une exception près, mais on y reviendra plus tard), mais je l’apprécie. Comprenez, j’en perçois les nuances, je sais distinguer les caractéristiques qui rendent un whisky intéressant, je comprends et perçois l’influence qu’ont les fûts utilisés pour la maturation du whisky, je suis touchée par sa poésie. Et même si cela me brûle toujours la gorge, j’apprécie de goûter un whisky, mais je n’aime pas le boire.

Ainsi, lors de la visite, nous avons pu goûter le Talisker Storm, et j’ai apprécié son goût puissant, tourbeux, cendré que je sais maintenant qu’il faut attribuer au processus de torréfaction du malt. Il a également un goût poivré répandu chez les whiskys Talisker qui leur a valu d’être qualifiés de « lave des Cuilin ». Ajoutons à cela que Stevenson a qualifié le whisky Talisker de « king o’ drinks » et vous vous faites une idée de ce qui vous attend en bouche : un whisky représentatif de l’île, puissant pour faire face au vent, à la mer et à ses embruns, profondément enraciné dans la terre, le tout suivi de la richesse et de l’équilibre qui lui donne, comme à l’île dont il est issu, un côté enchanteur et romantique.

Vous voyez que moi qui ne pensait pas apprécier le whisky, d’autant plus un whisky fumé comme celui-là, je m’en suis plutôt bien sortie. La visite s’est donc passée dans une agréable ambiance, mais je ne peux malheureusement que vous en parler, car les photos y sont interdites. La forme des cuves et des alambics est propre à chaque distillerie et donne au whisky son caractère particulier, c’est donc un secret que les fabricants gardent jalousement.

Mais ne t’inquiètes pas mon lecteur (ou si, si c’est comme ça que tu le prends) je te reparlerai encore de whisky dans un prochain épisode. Pour l’heure, après que Paul et Baromm aient fini leurs achats et que l’on ait trouvé la place dans le coffre pour leurs précieuses bouteilles de whisky, nous nous remettons en route. Cette fois-ci ça y est, nous n’y échapperons pas. Nous allons quitter Skye.

Notre prochaine étape est également insulaire. C’est l’île de Mull. Mais avant ça, nous faisons le léger détour que j’avais promis à Samuel : nous allons voir le Loch Ness.

Non, je ne vais pas t’embêter encore une fois avec des histoires sur le Loch Ness et son monstre, je pense que tu dois déjà en connaître.
Mais juste pour le plaisir : Sais-tu que le Loch Ness est le plus grand réservoir d’eau fraîche de Bretagne ? À lui tout seul, il contient plus d’eau que tous les autres lacs et rivières d’Angleterre, d’Écosse et du Pays de Galles réunit. Ça te donne une idée de la taille du bidule.
Sais-tu qu’il existe un site sur lequel sont répertoriés tous les récits de gens qui ont aperçu Nessie ? Si si, va donc y faire un tour. Tu remarqueras qu’il y a de moins en moins de cas d’observation du monstre. Alors, prends tes jumelles et va vite t’installer près du lac.
Le monstre fait parler de lui depuis le 7ème siècle, on parle déjà d’un monstre dans la Vie de Saint Colomban, même si la légende n’a connu le succès qu’elle a qu’à partir des années 30 grâce aux célèbres photos. Toutes les hypothèses existent quant à la nature du monstre : un éléphant de cirque qui se baignait, un plésiosaure, une otarie, un esturgeon, un requin du Groenland… La dernière hypothèse « scientifique » vient d’être publiée récemment. Nessie ne serait en fait qu’un très gros… poisson-chat. Je te propose de regarder sur Google des images de « giant catfish ». C’est effectivement assez impressionnant que pour passer pour un monstre.

Toujours est-il que nous voilà au bord du Loch, Samuel guettant attentivement tout mouvement pendant que je prends les photos que tu peux admirer ici. Nessie pourrait bien se trouver parmi celles-ci.

Ma promesse à Samuel étant tenue, nous nous mettons en route vers notre lieu de camping sauvage pour la nuit. Il s’agit d’un endroit où viennent camper beaucoup de randonneurs qui font la great glen way, ce qui était mon cas il y a deux ans. L’endroit n’est pas très éloigné du Loch Ness, et surtout, il se trouve à proximité d’un lieu où je veux emmener les garçons : l’Eagle Barge Inn, un bar sur l’eau, dans une péniche reconvertie. Seulement voilà, depuis deux ans, les choses ont changé et la zone est en travaux. Il y a toujours la place pour s’installer, mais quelques midges nous incitent à aller voir plus loin… Si seulement nous avions su.
Nous décidons donc de poursuivre notre route et de nous arrêter quand l’envie nous prend et que le lieu s’y accorde. La chance ne nous sourit pas. Je propose alors aux autres d’aller jusqu’à Glenfinnan, ce qui nous avance beaucoup sur la route à faire pour rejoindre le ferry demain et ne nous fait pas un trop grand détour. De plus, je pourrai leur montrer le viaduc qui a servi dans Harry Potter.

Nous voilà donc à Glenfinnan, alors que nous soupons près du visitor centre, les midges nous attaquent en nuée et s’octroient le plaisir de mordre le moindre millimètre de peau visible. Je propose de s’éloigner du visitor centre et de monter les tentes sur le chemin qui mène au bothy et au viaduc où je viens d’aller faire un tour et où il semble y avoir moins de midges. Pourtant, si c’est possible, c’est encore pire. Ces insectes, ou suppôts du diable, fondent sur nous en nuée, elles s’immiscent partout : sous les vêtements, dans la bouche, le nez. Nous n’arrivons même pas à monter la tente et remontons le plus vite possible dans la voiture.

Il est tard, la fatigue commence à se faire sentir et nous ne savons toujours pas où dormir. Paul propose d’avancer vers le ferry pour Mull afin de le prendre le plus vite possible demain matin. Tout le monde est d’accord, mais le moral est bien bas.
Sur la route cependant, une découverte nous redonne le sourire. Sur le bord de la route, une petite brouette, apparemment isolée où une dame (enfin nous supposons que c’est une dame), vend de la confiture. Il suffit de se servir et de laisser les £3 sous le couvercle du pot de beurre. L’initiative est très sympa et montre bien la confiance dont les Écossais font preuve. Qui ne s’inquiéterait pas qu’on vole ses confitures ou l’argent que d’autres personnes honnêtes ont laissé ? Pas les Ecossais apparemment. Il n’y a malheureusement plus de confiture, aussi nous rabattons nous sur un pot de marmelade, plus pour le plaisir de l’achat que pour le plaisir du goût. Et c’est avec joie que nous glissons 3 livres dans le beurrier. À notre grande surprise, cette marmelade est délicieuse, et c’est au doigt et à la cuiller que nous la dégustons. Réconfortés, nous poursuivons notre route en nous promettant au retour de laisser un mot de la part des petits belges pour dire à cette dame combien nous avons apprécié sa marmelade (et peut-être acheter un pot de confiture s’il y en a). Lorsque nous ferons le chemin en sens inverse, quelques jours plus tard, nous n’aurons malheureusement pas l’occasion de le faire, car nous réaliserons trop tard que nous avons passé la brouette, et sur une route à une bande où l’on roule à 95km/h, il n’est pas facile de faire demi-tour.
Nous finissons par trouver un endroit où des caravanes sont arrêtées et décidons de nous y joindre pour la nuit. Un monsieur sort alors de sa caravane et Paul lui demande si nous pouvons rester pour la nuit. Le monsieur nous dit en rigolant que lui même vient juste de s’installer. Vu l’état des lieux, il semblerait plutôt que ce soit une blague et que ces caravanes soient installées là depuis plusieurs mois. Après quelques blagues sur la possibilité que ce soit un serial-killer, nous installons les tentes et nous endormons.

2 thoughts on “Scotland – Jour 5

  1. J’ai lu dans le routard qu’un des moyens de se prémunir des midges c’est de faire un feu de camp, de fumer (ils détestent la fumée) ou de se tartiner de Skin so Soft d’Avon ou de Formula Jungle (je sais pas de qui). Ils continuent de trainer autour de toi mais ne piquent plus!

    Bon à savoir pour ta prochaine fois ;o)

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