Le vent a soufflé cette nuit, mais c’est avec plaisir que nous nous réveillons pour profiter à nouveau des commodités du camping et prendre une douche. Bon j’ai envie de  dire que, des douches, on en a pris toute la journée. Mais au moins celle-là est chaude.

Une belle journée de marche nous attend aujourd’hui.

Tout d’abord, nous nous dirigeons vers le Nord et repassons devant le Old Man pour faire une étape de la randonnée que j’avais prévu sur deux ou trois jours : les Quiraing.

Petit contexte comme d’habitude : Les Quiraing font partie de la Trotternish Ridge (crête de Trotternish). La trotternish ridge a été créée par des glissements de terrain il y a des milliers d’années. Aujourd’hui, les Quiraing sont la seule partie de cette crête à être toujours en mouvement. Ce qui implique des réparations annuelles des routes alentour.
Notre but était d’aller jusqu’à « The Table » un grand plateau surélevé caché dans les hauteurs. Alors, à ton avis ami lecteur que pouvait bien y faire les Écossais ? Ah ben un bout de caillou caché ça sert… à planquer le bétail ! Eh oui. Donc la table servait à planquer les moutons lors des invasions vikings.

Et crois-moi, c’est bien plus efficace que dans la Lost Valley, parce que cette Table, on n’est toujours pas sûrs de l’avoir trouvée !

Il faut dire que les conditions météo ne sont pas au rendez-vous. Étant donné que nous montons en altitude, nous nous retrouvons littéralement la tête dans les nuages. Et les nuages, c’est chargé d’eau. Eau qui nous entoure déjà, mais qui n’hésite pas à tomber des nuages au-dessus également.
Bref, nous avançons à tâtons. Après une belle ascension, deux chemins s’offrent à nous, ainsi que les deux différentes randonnées que j’avais vues nous le proposaient : l’un monte, l’autre va tout droit. Après avoir discuté un peu et observé la carte qui nous donnait des chemins inexistants, nous décidons de prendre le chemin le plus droit. Peut-être que ce n’était pas le bon choix, car après encore une bonne heure de marche dans un terrain de plus en plus tourbeux, nous pensons effectivement apercevoir la Table parmi la brume, mais nous sommes en dessous d’elle et rien ne semble permettre de l’atteindre. Trempés, nous décidons de faire demi-tour à ce moment, car une autre randonnée nous attend. Un peu déçus, mais la marche était très chouette malgré le temps, et nous obtenons enfin la seule photo de groupe que nous aurons de tout le séjour, grâce à un habile montage de l’appareil photo sur un buisson.

J’apprendrai plus tard que nous étions en fait sur le bon chemin, et que si nous avions continué encore un peu, un chemin très escarpé aurait pu nous permettre de monter. Mais il est apparemment dangereux à emprunter dans des conditions météorologiques difficiles. Nous avons donc fait le bon choix. Si au contraire nous avions pris le chemin qui montait, nous aurions été fort au-dessus de la Table, sans moyen de l’atteindre. Et avec la brume qu’il y avait, nous n’aurions probablement pas vu grand-chose.

Nous revenons donc là où nous avons garé la voiture pour réchauffer des plats lyophilisés et enfin manger. C’est l’heure du comparatif entre une marque française et une marque américaine. Et décidément, les Français sont quand même plus doués quand il est question de goût.

Nous supportons au passage, les paparazzi japonais qui semblent n’avoir jamais vu de randonneurs et s’amusent à faire des photos de nous depuis leur bus. Peut-être est-ce aussi parce que Baromm et moi, avec nos cheveux roux, faisons très couleur locale. La prochaine fois, pour leur faire plaisir, nous ferons tout en kilt.

De nouveau, j’oublie de vous dire plein de choses. À savoir que l’Écosse est tellement picturale, fantastique et mystérieuse, qu’on ne peut s’empêcher de s’imaginer dans un livre de Tolkien. Aussi avais-je prévu la bande-son en conséquence et quand elle ne jouait pas dans la voiture, elle jouait dans ma tête.
Si on avait le désormais classique « 500 miles » des proclaimers pour la route jusqu’en Écosse (à répéter tous les 100 miles), pour les paysages écossais comme Glencore et les Quiraing, il n’y a pas mieux que Howard Shore. Et en se baladant, le morceau qui jouait dans ma tête c’était bien évidemment celui-là :

Je vous laisse écouter ça en profitant des photos 🙂


Ta Da Ta Da Da Dam Tadaaaaaam. Non ? Bon d’accord, je ne vous embête plus avec ça. Mais ça vous donne une idée de l’état d’esprit dans lequel je suis quand je fais de la rando. Enfin, dans ma tête c’est ça,

Vous savez, les cheveux au vent, dans un décor splendide, marchant sans relâche
Vous savez, les cheveux au vent, dans un décor splendide, marchant sans relâche
Profitant ensuite d'une pause bien méritée, sans être pour le moins épuisée des 20 kilomètres parcourus
Profitant ensuite d’une pause bien méritée, sans être pour le moins épuisée des 20 kilomètres parcourus

Mais en réalité je transpire, je respire mal, je n’arrive pas à grimper. Bref, en randonnée, je ne ressemble pas à Aragorn. Non, lorsqu’on monte un peu, c’est plutôt ça :

Ajoutez à ça la pluie, le ventolin, les cheveux trempés de sueur, et vous avez une bonne idée de ma tête. (Enlevez la barbe)
Ajoutez à ça la pluie, le ventolin, les cheveux trempés de sueur, et vous avez une bonne idée de ma tête. (Enlevez la barbe)

Après avoir mangé, on remonte encore plus au nord, jusqu’au bout de la péninsule, et on continue encore un peu plus loin (non pas dans la mer) pour notre prochaine belle ballade. La Cave of Gold. Ça, c’est un nom qui claque non ?! En Gaélique c’est Uamh Oir. Vraiment ? Toujours pas ? Pourtant, il n’y a pas d’astuce cette fois-ci vu que ça veut littéralement dire « la grotte d’or ».

On gare la voiture, et on entre dans les champs. Parce qu’en Écosse c’est génial : les randonnées tracées peuvent passer à travers les propriétés privées pour peu que ça ne dérange pas. Ici, il y a même eu un accord entre les riverains pour la marche. Ils y ont mis de leur poche pour prévoir des barrières pour que les randonneurs puissent passer sans devoir sauter au-dessus de leurs barrières.

Bref, on traverse donc des champs. Enfin, quand je dis des champs, on n’est pas en pleine campagne. Je vous avais dit qu’on était au bout de la péninsule de Trotternish, ce qui fait qu’à gauche c’est effectivement des champs, mais qu’à droite ce sont les falaises. Bref, c’est joli (comme partout). On marche donc pendant quelques kilomètres comme ça.

« The start of the descent to view the cave can be hard to find. » Sans blague. On se repère comme on peut grâce aux explications de mon livre de rando, et heureusement qu’il était là, car je ne sais pas comment on aurait fait sans lui pour trouver à droite du gros caillou le « chemin » qui descendait le long de la falaise vers la grotte. Je dis « chemin » entre guillemets, parce que chemin il n’y avait pas. Il y avait juste la falaise avec une pente légèrement moindre qu’ailleurs (comprenez, pas à pic; mais quand même très très pentu).

De notre point de vue c’était ça :

"Prendre la légende exacte, et l'histoire pour réalité. Faire de nos rêves une intacte et seule vérité [...] Tracer le chemin !" (Un point bonus si tu trouves d'où ça vient petit lecteur)
« Prendre la légende exacte, et l’histoire pour réalité. Faire de nos rêves une intacte et seule vérité […] Tracer le chemin ! »
(Un point bonus si tu trouves d’où ça vient petit lecteur)

Un coup d’œil à mon guide de rando qui précise : « It can be very slippery after rain and should be avoided » [la descente peut être très glissante après la pluie et devrait être évitée]. Rappelons que ça fait cinq jours qu’il pleut.
On hésite un peu, mais on est venus jusque là, ce serait dommage de faire demi-tour. Alors ni une ni deux (enfin si, un peu quand même), j’entame la descente. À moitié debout, à moitié sur les fesses. Et là, croyez-moi, je suis bien consciente que je n’ai pas la grâce d’Aragorn, parce que je sais que si moi je tombe de la falaise, il n’y aura pas de cheval comme Brego pour venir m’en sortir.

Pas de bisou magique de cheval pour me réveiller
Pas de bisou magique de cheval pour me réveiller

Mais les vacances ne se terminent pas sur un drame vu que je suis en train de t’écrire ami lecteur. Donc ne t’en fais pas, j’arrive en bas, et les autres à ma suite.

On peut enfin voir cette fameuse cave of gold qui est aussi un refuge pour les oiseaux en tout genre. Mon vocabulaire ornithologique n’étant, à mon plus grand dam, pas très développé, je suis fière de moi quand j’arrive sans hésitation à répondre à Paul qu’il s’agit de cormorans quand il me pointe des oiseaux accrochés à la falaise en demandant ce que c’est. Non non pas juste « un oiseau » ou « pas un pigeon », je réponds « des cormorans ». Et je m’épate même quand je lui précise « des cormorans huppés ». Enfin, ça se limitera à ça hein, ne commencez pas à me demander d’identifier des oiseaux, mais j’adore pouvoir faire ça et il faudrait que je l’étudie plus en profondeur. Si je n’avais pas fait les romanes, j’aurais aimé être guide nature par exemple.

Cessons les digressions. Nous voici à la cave of gold. C’est beau, il y a des oiseaux, et apparemment c’est un lieu idéal pour observer les marsouins, les baleines et les dauphins. On ne dirait pas que la chance va nous sourire de ce côté-là par contre.

On observe la grotte parce qu’elle se trouve quelques mètres plus bas au niveau de la mer, sans qu’on puisse y accéder. Mais rien que ce qui est au tour de nous en vaut la peine : des colonnes de basalte hexagonales, sans doute d’origine volcanique, comme sur Staffa que l’on ira visiter dans quelques jours.

De nouveau, le lieu fait penser à un décor de fantasy et je me croirais devant les restes des portes de la Moria. Évidemment on se demande ce qui pourrait nous attendre à l’intérieur de la grotte.

tumblr_n1dgbcmVvt1sk6018o5_500
Sans doute quelque chose comme ça

D’ailleurs, je ne sais pas d’où la grotte tient son nom — même si mon idée que c’est parce qu’un dragon y garde son or me paraît très cohérente —, mais je connais une légende qui y est attachée, et qui nous est parvenue grâce à une chanson en gaélique. Un monstre vivait dans cette grotte (un dragon ?!), et un jeune joueur de cornemuse décida de rentrer dans la grotte pour que le monstre ne vienne pas les attaquer, et en entrant dans la grotte il chantait au monstre et au monde extérieur la chanson que l’on chante aujourd’hui qui dit à peu près ceci :

Jamais, je ne reviendrais jamais
De la grotte d’or.
Avant que je ne revienne,
Les joyeux troupeaux se seront changés
En moutons de pierre.
Et les faibles enfants seront de fiers guerriers.
Je suis malheureux, malheureux
Forcé par le sort à y aller ;
Je serai pour toujours dans la grotte d’Or.
Ayez pitié de moi, sans troisième main,
Deux pour la cornemuse, une troisième pour l’épée.

On entendit ensuite des bruits de combats, et malgré qu’il n’ait pas de troisième main, le monstre n’est jamais sorti. Mais ainsi qu’il l’avait prévu, le jeune joueur de cornemuse n’est jamais ressorti non plus.
Cette légende est apparemment liée à une autre grotte similaire en Écosse qui s’appelle la Golden Cave [Grotte dorée], où un jeune cornemusier rentre dans une grotte et y rencontre une jeune femme, parfois identifiée comme la reine des fées, et passe avec elle un certain temps, avant qu’elle ne lui fasse un splendide cadeau : une cornemuse d’argent et le don d’y jouer si bien que « Quand tu danseras, tout le monde dansera, quand tu te lamenteras, toute l’île pleurera. » Elle lui demande seulement en échange la promesse de lui revenir à une date précise. Et le joueur de cornemuse quitte la fée et devient le joueur de cornemuse le plus célèbre de tous les temps. Quand la date de son départ pour retourner auprès de la fée approche, il transmet son don à son fils. Il rentre dans la grotte tout en jouant de sa cornemuse, accompagné de son chien. Au-dessus, ses enfants et amis suivent le son de sa cornemuse qui remonte jusqu’à la plaine. Ils suivent cette musique jusqu’au Fairy Bridge [Pont des fées] où le son s’arrête. Le chien aboie longtemps, avant de ressortir de la grotte, les poils brûlés. »

Apparemment, il ne fait pas bon s’aventurer dans les grottes écossaises — et il semblerait que les Écossais mettent des moutons partout, même dans leurs chansons — nous ne nous approchons donc pas. Mais vu que le soleil a timidement décidé de se montrer, nous profitons du soleil en prenant des photos pour certains ou en s’allongeant sur les rochers pour d’autres. À une distance considérable du bord pour certains, plus près du bord pour d’autres. Au bout d’un moment, il nous faut rentrer et nous remontons prudemment le chemin qui nous a menés jusqu’à ce bel endroit.

Alors que je me retourne encore pour prendre quelques photos, il me semble apercevoir au loin une forme sortir de l’eau. Et si ce n’est pas Nessie, c’est pour moi encore mieux, car je vois un souffle embrumé fuser hors de l’eau. Ce n’est pas grand-chose, et le temps de prévenir les autres, tout a déjà disparu. Ce n’est pas grand-chose, peut-être même est-ce mon esprit qui me joue des tours, mais c’est grand, et pour moi, c’est la conclusion magique d’une journée tout entière placée sous le signe du fantastique et de la féerie.

Le reste n’est que de ces petits détails qui viennent parfaire la conclusion de cette journée. Nous rentrons au camping à Portree, nous baladons et reprenons un verre de cidre en ville avant de nous offrir un fish and chips bien mérité après cette journée de marche.
Baromm apprendra à ses dépens que commander un burger dans un fish and chips, même s’il est cuit à la graisse de bœuf, et l’accompagner en plus d’onion rings (en supplément des frites), n’est pas une bonne idée. Je crois que son estomac s’en rappelle encore.

Laisser un commentaire