Déjà le troisième jour.

Après une nuit difficile et froide, on démonte en vitesse les tentes et on se rend au début de notre ballade des Fairy pools pour prendre le petit-déjeuner. Samuel attend impatiemment un bon café. C’est sans compter sur le vent, qui n’a pas l’air décidé à laisser notre réchaud faire son travail tranquillement. Au bout d’une demi-heure, l’eau est enfin chaude, les garçons savourent leur café en poudre, tandis que moi, très classe, je préfère le thé.

Sam et Baromm constatent alors avec plaisir que vraiment… les ingénieurs chez Décathlon, ce ne sont pas des lumières. Ils se sont acheté des tasses avant de partir. De jolies petites tasses, en aluminium, très pratique pour le randonneur, car très léger. Mais également… Conducteur de chaleur. Et avec la poignée conçue pour laisser passer un demi-doigt, ce n’est décidément pas très pratique.

Fairy Pools and Coire na Creich

Bref. Après s’être (enfin) un peu réchauffés, on se met (enfin) à marcher. La plupart des gens qui viennent dans le coin vont jusqu’au Fairy Pools puis font demi-tour. Nous, on faisait les Fairy Pools et Coire na Creiche. Bon le gaélique toujours pas ? Coire, on l’a déjà vu, c’est le creux, la vallée. Et creiche signifie raid ou incursion.  C’est le lieu d’une bataille entre les McLeod de Dunvegan et les McDonald de Sleat. C’est la dernière bataille de clan sur Skye. « Mais pourquoi se battaient-ils » te demandes-tu petit lecteur ?

Allez, je vais te raconter. Ils se battaient… pour des moutons. Non, je rigole. Mais tu vas voir qu’il y a quand même des moutons dans l’histoire. Bon, tout d’abord il faut savoir que les McLeod et les McDonald, ce sont des clans écossais purs et durs. Ça veut dire que ce sont des grosses têtes de mules : ça fait des générations qu’ils se disputent, mais ils ne savent même plus pourquoi (sans doute à cause des moutons, cette richesse incommensurable). Et un jour ils se dirent que quand même, ils ne savaient plus pourquoi ils se tapaient sur la tête, alors ils décidèrent de faire la paix. Et quel meilleur moyen de faire paix que d’unir les deux clans par le mariage ?

Donc le chef Mc Leod, offre sa sœur Margaret en mariage à Mc Donald. C’est un type de mariage un peu particulier qu’on appelle « handfast » où les futurs époux vivent ensemble pendant un an et un jour avant que le mariage ait éventuellement lieu. « Oh c’est moderne ! » te dis-tu. Pas vraiment en fait, le mariage n’a effectivement lieu que si, durant ces un an et un jour, la femme a donné naissance à un héritier mâle. Dans le cas contraire, pas de mariage.

Et la pauvre Margaret n’étant pas tombée enceinte, il n’y eut pas de mariage. Mais pire que ça, durant l’année, elle était devenue borgne. McDonald, qui avait un sens de l’humour un peu particulier, décida de la renvoyer chez son frère, accrochée de dos à un cheval borgne, mené par un serviteur borgne et suivi par un chien borgne (moi je la plains la Margaret).

Ça ne plut pas vraiment à Mc Leod qui trouva que sa sœur avait été insultée (ah ben oui quand même s’il te plaît). Et ainsi, les deux clans recommencèrent à se taper dessus (moi je me demande s’ils ne s’étaient pas cherché des excuses pour faire ça justement). On a appelé ça les « wars of the one-eyed woman [les guerres de la femme à un oeil] ». La violence continua à escalader et Mc Donald décida de mener une dernière grande bataille. Mais avant ça, il se dit que ce serait quand même drôle de jouer un petit tour à Mc Leod (il a décidément un humour particulier ce Mc Donald) et lui piqua son bétail qu’il alla planquer à Coire na Creich (je t’avais dit qu’on reparlerait de moutons). Mais Mc Leod comprit son plan et se dirigea avec son armée à Coire na Creich pour récupérer ses brebis. Là éclata la dernière grande bataille de clan, qui se solda par la défaite de McLeod. Bon, au final (mieux vaut tard que jamais), le Privy Council (Conseil Privé) intervint dans l’affaire et demanda aux deux clans de se rendre et de faire la paix.

Et vu que les Écossais aiment deux choses — taper sur d’autres Écossais ou boire et manger —, les deux clans célébrèrent la paix en faisant la fête pendant trois semaines.

Une jolie histoire avec une très jolie morale. Bon ça ne t’aide pas à comprendre la rando qu’on a faite, mais ça m’a beaucoup fait rire.

Pour les Fairy Pools, il n’y a pas de légende particulière rattachée à ce lieu, mais lorsque vous verrez les photos, vous comprendrez très vite que leur nom est grandement mérité. On se croirait dans un paysage de Tolkien ou d’autres contes et légendes de la région. L’eau y est d’une transparence absolue, on dirait du cristal en mouvement. Et comme dit Baromm : ça goûte comme la Spa, mais en meilleur.

Je regrette d’ailleurs que mes photos ne rendent pas exactement compte de la transparence de cette eau… Mais petit lecteur, je compte sur toi pour dépasser cela et t’imaginer te baigner dans ce lieu (parce que oui, il y a des gens qui font ça, mais avec 10 degrés à l’extérieur on n’était pas assez fous).

Je vous dispense de toutes les photos de boue parce que mon dieu, qu’est-ce qu’on en a vu de la boue. On a d’ailleurs croisé un français qui avait passé la nuit près de la montagne que nous longions et effectivement : « si vous voyez un endroit sec, c’est là qu’était ma tente. » C’est effectivement le seul endroit sec qu’on ait croisé.

Oh et puis quand même quelques photos pour que vous ayez une idée :

J’en profite pour préciser deux choses :

– J’avais oublié de vous dire hier qu’en m’amusant à prendre des photos des cascades pendant la Lost Valley j’avais glissé dans l’eau, mouillant entièrement mes chaussures (mais sauvant mon appareil photo). Elles n’eurent jamais l’occasion de sécher entièrement pendant le séjour. Je marche donc avec des pieds constamment trempés.

– Certaines des photos que je publie sont prises par Paul. Par exemple celles sur lesquelles je me trouve (cela va sans dire).

Après cette froide et humide épreuve, nous décidons de nous rendre à Portree. Le lendemain nous sommes censés commencer une randonnée de deux jours, mais nous aimerions vérifier la météo avant de nous décider. Bien nous en prit, car de l’orage est annoncé la nuit où l’on doit camper dans les quiraing ainsi que de la pluie toute la journée. C’est la première fois qu’on a du temps aussi mauvais en Écosse avec de la pluie quasi non-stop depuis trois jours. Résultat, l’idée de passer l’orage seuls au milieu des montagnes ne motive pas trop les novices et nous trouvons un plan alternatif.

Nous passerons la nuit au camping de Portree, ce qui nous permettra de prendre une bonne douche et de manger un repas bien chaud (ou un bon repas et une douche bien chaude ?). Le programme convient à tout le monde, mais vu que je n’ai pas envie de m’arrêter là, je leur propose de compenser la balade de l’après-midi que nous avons fait sauter pour aller à Portree et de faire quelques étapes de la randonnée de deux jours que nous annulons. Nous allons donc en soirée monter jusqu’au Old man of Storr.

Ça n’a peut-être l’air de rien sur les photos, mais ça monte très bien, et mes poumons en prennent un coup (et évidemment je n’avais pas mon Ventolin avec, tu comprends cher lecteur, il faut persévérer dans le running gag). Mais on grimpe quand même, aussi vaillamment que l’on peut (certains plus que d’autres). Une fois arrivés au pied du Old Man, les garçons s’installent sur un gros caillou. Mais moi, j’ai envie de continuer à monter pour avoir « La » photo du Old Man. Je suis assez contente.

Ah oui. Le Old man of Storr, de son petit nom gaélique Bodach an Storr, c’est ce caillou qui ressemble à un menhir d’Obélix, mais un menhir de 48 mètres de haut. De nouveau c’est l’heure d’un petit Scotland Movie Locations Moment : le Old man n’a pas autant de succès que les châteaux dont j’ai parlé avant. En même temps, c’est un caillou pas un château, et il est difficilement accessible. Il est cependant apparu récemment dans Prometheus de Ridley Scott. Il a par contre été le lieu d’exécution de plusieurs projets artistiques avec des concerts, des déclamations poétiques….

Et si je n’ai pas trouvé dans ce rocher le visage de vieil homme qui lui a valu son nom, je dois avouer que j’ai vraiment apprécié de m’y balader et d’y prendre des photos.

Après cet effort, le réconfort. En attendant une heure convenable pour manger, nous nous installons dans le pub et dégustons un bon verre de cidre. Un verre que dis-je ? C’est une pinte !

À l’heure convenue, la serveuse nous appelle et nous invite dans la partie du pub qui fait restaurant. Grâce à Samuel, qui est le brave parmi nous, nous goûtons au Haggis. Et très honnêtement, j’ai trouvé cela délicieux.

 

L’estomac rempli, réchauffés par une bonne douche, nous jouons un peu aux cartes avant de nous endormir. Content de ne pas subir les midges ce soir. Car nous sommes en bord de mer, et il y a du vent, ce que les midges n’apprécient pas. Nous sommes ravis, mais c’était oublier le bruit que le vent peut faire quand on est dans une tente.

(Non, mais j’ai l’air de me plaindre des nuits de sommeil comme ça, mais c’est le camping de randonnée, je sais ce qui m’attend et j’aime beaucoup ça. Au final, pour peu que je n’aie pas trop froid, je dors quand même très bien.)  « Moi pas. » — Paul

3 thoughts on “Scotland – Jour 3

  1. Ah ah ah, j’adore l’histoire de cette pauvre femme borgne!

    Je sens que je vais bien me renseigner sur les lieux qu’on visitera quand on y partira.

    Tes articles sont en tout cas très bien écrit et avec un chouette humour. Merci!

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