Voici l’histoire du documentaire que Paul et moi avons réalisé pour le concours Sony FS7 II.

(enfin surtout Paul)

Comme tu le sais peut-être mon cher lecteur, Paul est caméraman : c’est son métier et sa passion. Sous ses dehors bourrus, il aime les rencontres et les découvertes que lui apporte sa profession en télévision. Mais ce qu’il aimerait également c’est avoir la possibilité de tourner ses projets personnels : documentaires, films… Malheureusement, pour cela, il aurait besoin de son propre matériel. C’est pourquoi quand Sony a lancé une compétition pour gagner sa camera FS7 II*, Paul a sauté sur l’occasion. Le principe du concours ? Réaliser un documentaire d’une minute maximum. Paul savait où trouver le matériel pour tourner, avait la motivation pour le faire, il ne lui manquait plus que le sujet. Il est donc venu frapper à ma porte (enfin, il est entré dans mon bureau plutôt, on habite ensemble après tout). Je lui ai proposé un sujet sur lequel je voulais réaliser une série de photos et qui pourrait tout à fait rentrer dans les critères de participation au concours : suivre un artisan boulanger de Tournai. Après en avoir discuté, nous avons réalisé qu’il y avait cependant un problème avec ce sujet : il n’y avait pas vraiment d’histoire derrière ou du moins nous ne trouvions pas comment la raconter. C’était le problème de toutes les participations au concours qui avaient été publiées jusque là : de jolies images, mais sans narration ni message.

*FS 7 II : ça ne te parlera peut-être pas ami lecteur, mais c’est une très chouette caméra. Enfin c’est ce que toutes les conversations entre Paul et ses amis cinéastes m’ont fait comprendre :p

Heureusement, j’avais encore une carte en main, ou plus précisément une idée en tête. Voilà ce que je lui suggérais : Céline, que j’avais rencontré dix ans auparavant à l’occasion d’un concours littéraire, et avec qui j’étais resté en contact via son très chouette blog, avait construit avec son compagnon et leur fille de trois ans un projet de vie intéressant. Plus précisément, ils avaient rénové un van, baptisé Otto, dans lequel ils ont emménagé et en compagnie duquel ils vivent sur les routes de France et d’Europe. Mais un premier problème apparaissait déjà : ils se trouvaient du côté de Nice. Si nous nous lancions là-dedans, cela voulait dire faire l’aller-retour et le tournage sur un week-end, mes horaires d’enseignante ne me permettant pas autre chose. Malgré cela, Paul était très intéressé par le projet, et moi j’étais ravie à l’idée de revoir celle dont je gardais très un bon (bien que vague) souvenir, de rencontrer son compagnon, sa fille et leur chien Jedi. Nous nous sommes donc mis d’accord pour que je contacte Céline. C’est pleine d’appréhension que je lui envoyais un premier mail : comment allait-elle réagir ? N’allais-je pas paraître trop entreprenante, trop indiscrète ou cavalière ? Le projet allait-il seulement lui plaire ? Cela faisait dix ans que nous ne nous étions plus vues et nous ne nous étions rencontrées que brièvement. Après tout, je n’étais peut-être qu’une inconnue qui voulait s’immiscer dans leur quotidien sous l’œil d’une caméra ?

C’était sans compter sur le fait que Céline et François ont ces précieuses qualités que sont la curiosité et l’ouverture d’esprit : le projet les enchantait et ils le voyaient également comme une possibilité de garder un souvenir de leur aventure. À partir de là tout s’enchaîna très vite. Par échange de mail, nous nous mîmes d’accord sur une date qui nous conviendrait à tous entre leur déplacement, les réparations que devaient subir Otto et les lieux de tournage qui nous paraissaient intéressants. J’avais envoyé à Céline la proposition de projet le 25 janvier et le week-end du 4 février nous commencions à tourner près des Baux-de-Provence. Je vais ici vous raconter ma version des faits, mais vous trouverez sur son blog sa très belle vision de ce tournage.

Moi qui avais suivi de loin les études en cinéma de Paul (préparant tantôt des sandwichs en régie, figurant tantôt dans un film de fin d’études…), j’étais ravie de pouvoir m’impliquer davantage et de construire quelque chose avec lui. Tandis qu’il s’occupait du matériel et de l’aspect technique du docu, je m’amusais à m’essayer à la production. J’écrivais les mails, me renseignais sur les transports (en train, en avion ou en voiture ?), cherchais l’hôtel idéal pour faire étape le vendredi soir, j’achetais chez Neuhaus des pralines pour remercier ce fantastique couple de nous tolérer (et parce qu’il faut quand même qu’ils goûtent du bon chocolat belge), je préparais notre matériel de camping vu que nous allions camper près du camion… Je savais que je pouvais faire confiance à Paul pour l’image (parce qu’il est doué<3), alors je voulais faire de mon mieux pour l’organisation. Et tous les soirs de cette brève semaine de préparation, nous nous installions ensemble pour discuter de ce que le documentaire aller raconter, de la manière dont nous l’imaginions, des questions qu’il nous fallait poser et de comment les aborder. J’ai adoré ces moments à construire ensemble. Et même si nous ne paraissions pas toujours d’accord sur certains aspects du documentaire, nous nous rendions généralement compte après un peu de discussion que nos idées, bien qu’exprimées différemment, étaient globalement similaires.

Le jour J, Paul part chercher la caméra (une FS5, la petite sœur de celle qu’il essaie de gagner) et le reste de l’équipement à Bruxelles chez notre ami M. (sans qui nous n’aurions sans doute rien pu faire donc encore une fois merci à lui). Et pendant qu’il charge la voiture (c’était au final le meilleur moyen de transport tant économiquement que pour la sûreté du matériel), je vais donner mes deux dernières heures de cours de la semaine. Aaah qu’elles me semblèrent longues (bien que mes élèves soient adorables <3). À 15 h 10, Paul me récupère à la sortie de l’école : ça y est la route s’offre à nous. Pendant tout le trajet, on ne peut s’empêcher de se dire que, quand même, on est un peu fous. 940 km plus au sud, Céline et François n’en pensaient pas moins (et le répétèrent bien à leur fille pendant tout le week-end 😉 ). Mais nous étions lancés. Nous nous sommes passé le volant jusqu’à l’hôtel qu’on avait réservé un peu après Lyon afin de couper la route. Il ne nous resterait plus qu’une heure trente à faire le lendemain matin. Et à 23 h 30, le lit ne se fait pas prier, surtout sachant que la prochaine nuit sera passée sous tente.

À 7 h du matin, pas question de grasse matinée, on est debout et on avale notre petit-déjeuner. Le ciel est gris, il pleut. Heureusement, nous avons regardé la météo avant de partir et le ciel devrait s’éclaircir. Alors après quelques prières muettes à Sing-bong, Râ, Sol, Apollon, Helios et toute autre divinité solaire qui veut bien nous entendre, nous nous mettons en route. Lorsque l’on quitte enfin les autoroutes, qui m’offraient pourtant le plaisir de redécouvrir les produits locaux français (Paul en a subi des : « oh Montélimar ! Ça, c’est le nougat ! Dijon, c’est la moutarde ! Lyon c’est le beaujolais »), les routes se font de plus en plus poussiéreuses et les chemins de plus en plus beaux. À 10 minutes de l’arrivée, je commence à comprendre ce que Céline voulait dire dans son mail de la veille par « le chemin n’est pas très praticable ». Nous craignons quelque peu que Cunégonde (le doux nom de la Polo) ne se retrouve coincée, mais la brave petite voiture se défend vaillamment et le jeu en vaut la chandelle. Au détour d’un chemin, je vois apparaître une tête blanche et toute velue : c’est Jedi, le superbe chien (ou est-ce un loup ?) de nos amis français qui se précipite presque sous nos roues pour nous dire bonjour ! Céline arrive pour le retenir et je ne peux qu’agiter la main derrière la vitre, attendant l’instant où la voiture s’arrêtera pour pouvoir descendre et exprimer toute ma reconnaissance, mes remerciements pour l’accueil et la joie non pas de rencontrer une inconnue, mais bien de retrouver une amie.

Voilà donc Céline, l’amie trouvée à travers l’écriture et retrouvée à travers l’image. François, le grimpeur. E., force de caractère du haut de ses trois ans. Et Jedi le loup<3 (et potentielle victime de dognapping).

Les présentations faites, il faut pourtant se mettre au travail. Le ciel s’est dégagé et il faut en profiter. Vu que je ne peux pas apparaître sur les plans, je dois me tenir un peu à l’écart et l’instant n’est pas encore à la joie des retrouvailles. À peine ai-je le temps d’offrir à nos amis les pralines que j’ai sélectionnées chez Neuhaus et d’en voir quelques-unes se faire engloutir goulûment (François, c’est bien toi que je vise). Je passe le temps à jouer avec Jedi tout en devisant des plans pour le ramener incognito jusqu’en Belgique. J’observe tendrement Paul travailler (je te l’ai dit ami lecteur, il est trop fort). Et je profite de quelques instants volés pour reconnecter avec Céline. Malgré les petites gênes provoquées par la caméra, l’ambiance est à la franche camaraderie et c’est dans la bonne humeur que nous prenons le volant pour aller nous balader (enfin Céline, François, E. [leur fille] et Paul à bord d’Otto), moi qui suis avec la Polo. Paul filme François escalader des blocs et j’en apprends un peu plus sur l’escalade. Tandis que le soleil s’efface lentement derrière l’horizon, je profite de la douce chaleur d’un printemps précoce, de l’air provençal chargé d’odeur de thym et de romarin, de jeux avec E. et d’agréables discussions avec Céline. J’aime l’entendre parler de leur projet, de leur vie, de la manière dont ils éduquent leur fille loin des bancs de l’école, de l’écriture. De tout et de rien.

En fin d’après-midi nous repartons installer Otto pour la nuit et filmer le coucher de soleil. Il n’y a plus grand-chose à filmer, et je peux tranquillement m’installer dans le van pour discuter un peu. Dans cette atmosphère plus intimiste, j’aide à préparer le repas tandis que Paul le filme. Tandis que nous discutons, François et sa fille dévorent les chocolats. Nous rigolons bien et en oublions la caméra. Après le repas, au cours duquel on teste les sachets de lyophilisé qu’on leur avait ramenés (souvenirs de randonnée) et que François qualifiera de « croquettes » de nourriture, on passe à l’interview. Quelques regards qui fuient devant la caméra, quelques digressions, quelques chamailleries pour rigoler… Il n’est pas toujours facile de maintenir ces deux bavards sur le sujet. Mais ça y est, on a presque tout. Le soleil est couché et il est déjà tard pour nos amis, habitués maintenant à vivre avec le soleil. Nous rejoignons notre tente, plutôt ravis de la journée.

La nuit sera moins clémente que la journée, les 17 degrés ensoleillés de l’après-midi cèdent la place aux 5 degrés de la nuit. Malgré notre bon équipement, nous sommes surpris par le froid, et réveillés de bon matin. Le temps n’est malheureusement plus au rendez-vous ce dimanche. Il pleut. Adieu pour nous le tournage d’un beau lever de soleil et le réveil auprès d’Otto. La lumière n’est vraiment pas idéale, alors après avoir petit-déjeuner en bonne compagnie, nous nous décidons à reprendre la route : Paul travaille à 6 h 30 à Charleroi lundi et je donne cours à 8 h. Après nous avoir encore une fois traités de fous pour avoir fait tout ce trajet, nous remballons tout et montons en voiture. C’est le temps des au revoir. Tristes comme le temps.

Consolation là-dedans : google nous annonce 8 h 20 de route pour rentrer au lieu des 9 h 15 prévus. 8 h, ça me laisse largement le temps de méditer sur le week-end que je viens de vivre. Un week-end bien rempli : des retrouvailles, des rencontres, des nouveautés, des expériences, et le tournage d’un documentaire. Comme tu pourras le voir dans la vidéo ami lecteur, c’est ainsi que Céline conçoit le bonheur : une vie de contraste. J’ai aimé observer leur quotidien et m’y prêter le temps d’un week-end. Est-ce que je me verrais vivre ainsi ? Le temps d’un été ou d’une saison sans doute. Mais ma vie de sédentaire se rappellerait assez vite à moi : le cocon de mon bureau, la grande table où recevoir des amis, les soirées passées collées à Paul dans le canapé… Il y a certains aspects de la vie de C. et F. que j’envie : se réveiller tous les jours dans un endroit différent, se suffire à soi-même ; mais je sais que cela fonctionne dans l’autre sens aussi et que certains aspects de la vie de sédentaire peuvent parfois manquer à Céline. Rien n’est parfait, mais après tout le principal c’est de construire son bonheur avec ce qu’on a, peu importe que ta maison se déplace ou pas, l’important c’est ce que tu mets dedans : les gens, les plaisirs, les activités.

De retour à Tournai, Paul se met au montage. Je ne peux pas beaucoup l’aider sur ce point. Il fait une première version du documentaire (qu’on appelle un « ours ») et je lui fais part de mes commentaires. Nous retravaillons ensemble l’aspect, les voix-off, la couleur jusqu’à obtenir un résultat satisfaisant. Ce n’est pas toujours facile, car il ne faut pas seulement prendre en compte ce qui nous plaît, mais ce qui plaira aux gens qui regarderont pour la vidéo (vu que le concours fonctionne en partie par votes). On réalise ainsi certaines erreurs (peut-être aurions-nous dû réfléchir au format de tournage et opter pour le 2:35 au lieu du 16:9), certains manquements (vu qu’il faisait mauvais dimanche, nous n’avons finalement pas filmé Céline écrire son roman)… Nous n’arrivions pas toujours à nous mettre d’accord sur certains choix. Mais au final, on est plutôt satisfait du résultat. Je ne sais pas si nous avons nos chances, mais dans tous les cas, je reste contente de cette expérience : Paul a découvert de nouvelles choses (surtout en montage), je l’ai aidé (autant que je pouvais) à réaliser ce documentaire, j’ai découvert un mode de vie, me suis fait des amis, et j’ai même pu m’essayer au montage. J’ai même filmé un plan (qui n’apparaît pas dans la version finale). J’espère sincèrement qu’on aura d’autres occasions de construire ainsi quelque chose qui soit le vrai produit d’une collaboration à nous deux.

Bref, voici le résultat final :

Si tu veux nous aider ami lecteur, tu peux aller aimer la vidéo sur YouTube 🙂

Et si tu souhaites découvrir le point de vue de Céline sur cette expérience, elle vient de publier un article sur son blog ! Elle le fait avec toute sa sensibilité habituelle et cela me touche énormément ! <3

Home is where the heart is. Home is where your wheels are.

2 thoughts on “Otto – On a fait un documentaire

  1. Tes photos sont superbes ! Jedi ressemble vraiment fort à un loup sur cette image : son regard porte au loin et son petit bobo sur le nez lui donne l’air sauvage…
    Heureusement pour nous, le dognapping a échoué. Il faudra nous méfier la prochaine fois ^^

  2. Tu nous donnes toujours l’impression d’avoir mille vies

    C’est dingue à quel point un moment peut sembler magique quand tu nous le racontes !
    En te lisant, on s’émerveille et on ne voudrait qu’une chose, le vivre aussi 🙂

    Vous êtes un peu fous pour le coup mais que serait la vie sans folie ?

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