Aujourd’hui, c’est le 1er juillet. Ô jour tant attendu du début des vacances d’été. Pourtant hier, alors que je rentrais chez moi après la proclamation de mes rhétos, ce n’était pas encore la joie des congés qui m’habitait, mais la nostalgie de l’année scolaire. Tant d’heures de cours passées en compagnie de ces élèves, de souvenirs qui se sont construits, de savoir qui s’est partagé, mais aussi de rire.

Nombreux sont les départs en vacances auxquels j’ai assisté en tant qu’étudiante ou en tant qu’enseignante, mais ce sont ces derniers que je trouve les plus émouvants. Dire au revoir à ces élèves qui vont maintenant suivre le chemin que l’on a emprunté plus tôt, celui des hautes écoles, de l’université, du travail. On sourit de leur jeunesse, de leur curiosité. Et l’on se rappelle avec douceur et un peu de mélancolie qu’il n’y a pas si longtemps c’est nous qui arborions cette candeur.

« Je n’enseigne pas, je raconte » — Michel de Montaigne.

Il y a tellement de savoirs que j’aurais voulu leur transmettre, évidemment c’était impossible. J’ai essayé de les préparer au mieux. Et même si je ne leur ai appris qu’une infinité de choses, je les ai vu s’épanouir au cours de l’année, se préparer à la prochaine étape. J’aime à penser que c’est un tout petit peu grâce à moi. Que j’ai pu garder mon calme en toute situation et leur montrer que s’énerver servait rarement à quelque chose, et que l’on accomplit bien plus en étant patient, attentionné et à l’écoute. Que j’ai réussi à leur prouver qu’ils avaient des capacités, et que s’ils s’en croyaient capables ils arriveraient à atteindre leurs buts. Surtout j’espère être parvenue à leur montrer que rêver, qu’être idéaliste, c’est beau. Que Rabelais, Descartes, Montaigne, Rousseau et tous ces auteurs qu’ils ont sué pour étudier, ne seraient pas dans leur cours aujourd’hui et ne seraient pas à la base de notre culture, s’ils n’avaient pas osé penser un monde différent. J’espère qu’ils rêveront loin. Moi je rêve aussi pour eux.

« Un fol enseigne bien un sage » — Rabelais.

Mes élèves, en tout cas, m’ont beaucoup appris. Ils m’ont appris qui ils étaient, quels étaient leurs forces, leurs faiblesses, leurs doutes et leurs rêves. Ils m’ont enseigné leur univers, leur culture. Ils m’ont fait découvrir des films, des livres, de la musique. Ils m’ont transmis tout cela et bien plus encore.

« Belle amie, si est de nous : ni vous sans moi, ni moi sans vous. » — Thomas et Béroul

Car chaque année je comprends un peu plus que nous ne sommes rien, les uns sans les autres. J’ouvre l’esprit de mes étudiants ; mais sans eux j’aurais moins l’envie de continuer à explorer l’univers qui nous entoure pour en retirer de quoi enrichir nos échanges. Ils se confient à moi, me demande conseil, et je me plais à réfléchir avec eux, je me sens flattée qu’ils cherchent mon approbation ou mon aide. Je prends Diderot à l’inverse : “Celui qui se sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres.” Car pour moi c’est à travers la connaissance des autres que je me découvre. J’éveille en eux les Lumières de la raison et eux me donnent une raison d’être.

« Le bonheur est souvent la seule chose qu’on puisse donner sans l’avoir et c’est en le donnant qu’on l’acquiert » — Voltaire

Mes élèves m’ont témoigné ce bonheur à petits gestes bienveillants : une plante, un mug, des cookies, un bonbon, un livre, une photo ; comme pour me rassurer et me dire que je suis sur la bonne voie. Mais s’ils savaient que plus que le présent, c’est le fait que des élèves aient pensé à moi en dehors de la classe qui me touche. Mon enseignement et moi avons accompagné leur pensée dans leur quotidien. Et j’espère alors qu’ils y penseront à nouveau lorsqu’ils auront besoin d’aide. J’espère aussi que dans ce que j’espère de longues années, peut-être épuisée ou lasse de ce métier, frustrée par une ultime difficulté, je regarderai cette étagère et je reprendrai espoir : « ils ont emmené un petit peu de ce que je leur ai appris dans le monde réel. » Et je continuerai.

Pour cette année en tout cas, au volant de ma voiture, avec le soleil se couchant devant moi, j’avais le sentiment du travail accompli, plein d’espoirs et de rêves avec moi.

 

 

 

One thought on “30/06/17 – Fin de l’année scolaire

  1. Ça donnerait presque envie de devenir prof !
    C’est en tout cas très plaisant de lire cet investissement à former ces têtes pensantes, à leur inculquer de la culture et des valeurs, c’est ce qu’il manque tant et qui pourrait faire toute la différence dans un futur pas si lointain…
    Merci pour eux.

Laisser un commentaire